Inde

 
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il y a ceux la dans un premier temps... et puis la liste va venir s'allonger avec des extraits des livres (il me faut un peu de temps...)

eckhart tolle : "le pouvoir du moment présent", et "nouvelle terre"

paramahansa yogananda : "autobiographie d'un yogi"

james redfield: "la prophetie des andes"

dan milman : "le guerrier pacifique" :

« Le guerrier pacifique » peut être comparé à une peinture abstraite ou un miroir dans lequel chacun voit le reflet de sa propre vérité. Il se lit à plusieurs niveaux.
Le personnage de Socrate a pour base un homme que j'ai réellement rencontré dans une station-service, à Berkeley, en Californie, en pleine nuit. Mais d'autres personnes, maîtres et influences, dont mon propre Moi Supérieur, ont contribué à étoffer ce personnage. De même qu'il est un composite de plusieurs personnages, je suis pour ma part devenu un composite de divers chercheurs spirituels, qui ont chacun leur voie. De ce fait, il ne s'agit pas seulement de moi, mais de nous tous.
La Lumière est une, mais les lampes innombrables. Il y a beaucoup de maîtres, de voies et de livres. Je suis heureux que celui-ci ait pu éclairer certains d'entre nous, nous rappelant ce que nous savons déjà, mais que nous avons provisoirement oublié ; qu'il nous ait inspiré pour nous rappeler qui nous sommes et à vivre de notre mieux, avec humour et compassion - pour les autres et pour nous-mêmes.
Dan MILLMAN - San Rafaël, Californie. Printemps 1988.

Le corps est actif, sensible, relaxé, et les émotions sont ouvertes et libres ; le satori est ce dont tu as fait l'expé rience lorsque le couteau volait dans ta direction. »
« Tu sais, Soc, j'ai déjà connu ce sentiment souvent surtout lors de compétitions. Souvent, je me concentré tellement que je n'entends même pas les applaudissements. »
« Oui, c'est bien l'expérience du satori. Et maintenant, si tu comprends ce que je vais dire, tu comprendras la vraie finalité des sports - ou de la peinture, ou de la musique -ou de tout autre accès actif ou créatif au satori. Tu t'imagines que tu aimes la gymnastique, mais elle n'est que l'emballage du cadeau qui est à l'intérieur : le satori. La pratique correcte de la gymnastique consiste à concentrer toute ton attention et tes sentiments sur tes actions; et c'est ainsi que tu atteindras le satori. La gymnastique t'entraîne dans un instant de vérité, où ta vie est en jeu, comme un samouraï en duel. Elle requiert toute ton attention : le satori ou la mort ! »
« Comme au milieu d'un double saut périlleux. »
« Oui, c'est pourquoi la gymnastique est un art de guerrier, une façon d'entraîner l'esprit et les émotions autant que le corps ; une porte vers le satori. Le dernier pas, pour le guerrier, consiste à étendre cette clarté à toute sa vie. Alors le satori sera ta réalité, ta clarté pour la porte ; alors seulement, nous deviendrons égaux. »
Je soupirai. « Cette possibilité me semble tellement lointaine, Socrate. »
« Lorsque tu es monté en haut de la colline derrière Joy, dit-il en souriant, tu n'as pas regardé avec envie le sommet de la montagne, tu as regardé droit devant toi et fait un pas après l'autre. Cela fonctionne ainsi. »
« Ce sont les Règles Intérieures, n'est-ce pas ? » II sourit en guise de réponse.

Ensuite nous avons travaillé des principes de base des arts martiaux. « Les vrais arts martiaux enseignent l'harmonie, ou non-résistance - la manière dont les branches des arbres ploient sous le vent, par exemple. Cette attitude compte beaucoup plus que la technique physique. » En utilisant les principes de l'aïkido, Socrate réussissait à me faire tomber sans effort apparent, en dépit de mes tentatives pour le pousser, le frapper ou l'empoigner. « Ne lutte jamais contre qui ou quoi que ce soit. Lorsqu'on te pousse, tire ! Lorsqu'on te tire, pousse ! Trouve la voie naturelle et suis-la ; ainsi, tu t'unis à la puissance de la nature. » Ses actes venaient à l'appui de ses paroles.
Ce fut bientôt l'heure de partir. « À demain, même heure, même endroit. Reste chez toi cette nuit et pratique tes exercices. Rappelle-toi, respirer si lentement qu'une plume placée devant ton nez ne bougerait pas. » II s'en alla comme s'il avait des patins à roulettes et je rentrai au pas de course chez moi, tellement détendu qu'il me semblait être poussé par le vent.
Ce jour-là, en gymnastique, je tentai de mon mieux de mettre en pratique ce que j'avais appris. Je «laissais les Mouvements se faire » au lieu d'essayer de les faire. Mes Pirouettes autour de la barre fixe paraissaient s'effectuer joutes seules ; je me balançai, je sautai, virevoltai et fis te poirier sur les barres parallèles. Sur le cheval d'arçons, J étais sans poids, comme maintenu par des fils accro-cflés au plafond. Et mes deux jambes fonctionnaient à Nouveau !

Une fois, après avoir terminé la meilleure série d'exercices que j'eus jamais exécutée au cheval d'arçons, je me dirigeai vers lui, tout content, en enlevant les bandes de mes poignets.
Soc me dit: «Les exercices étaient bons, mais la manière dont tu viens d'enlever tes bandes est lamentable. Souviens-toi, satori à chaque instant. »
Après la barre fixe, il déclara : « Dan, il te reste à apprendre à méditer tes actions. »
« Qu'entends-tu par là ? »
« Méditer ou faire une action sont deux choses différentes. Pour faire, il faut quelqu'un qui fasse, une personne consciente d'elle-même qui agisse. Mais lorsque tu médites une action, tu t'es déjà débarrassé de toutes
toutes pensées, même de la pensée «je». Il n'y a plus de « toi » pour la faire.en t'oubliant tu deviens ce que tu fais et
ton action est libre, spontanée, dénuée d'ambition, d'inhibition ou de peur. »

Tu persistes à jubiler de tes nouvelles capacité physiques, puis tu déprimes le jour où l'entraînement physique n'est pas réussi. Mais lorsque tu prendras comme but la forme mentale et émotionnelle - la pratique du guerrier - les hauts et bas physiques n'auront plus d'importance. Tiens, que se passe-t-il si un jour tu as mal à une cheville ? »
«Je travaille avec une autre partie du corps. »
«II en va de même avec tes trois centres. Si tu as des problèmes avec l'un, il te reste la possibilité de travailler les autres. Tes jours les plus faibles sont l'occasion d'en apprendre le plus au sujet de ton esprit

 Il est necessaire d'etre receptif aux energies interieures afin d'avoir le controle volontaire de certains mecanismes subtils.Lorsque tu sentiras le flot énergies dans ton corps et feras de petits ajustement alors seuletnent, tu auras quelque chose de pas banal. " Continue donc à t'entraîner, Dan. Affine tes sens un peu plus chaque jour ; étire-les, comme si tu étais à la ; Finalement; ta conscience plongera profondément dans ton corps et dans le monde Alors tu penseras moins la vie et tu la sentiras plus - tu ne dépendras plus d'accomplissements ou d'amusements coûteux.
À notre retour dans le bureau, je demandai à Soc si, selon lui les gens riches étaient plus heureux que de «pauvres boUgres» comme nous. ;
Çomme d'habitude, sa réppnseme me surprit. « Je ne suis pas pauvre, Dan, je suis extrêmement riche. Et d' ailleurs il faut que tu deviennes riche pour être heureux. » Il sourit de mon expression ébahie puis prit un stylo sur son bureau et écrivit sur une feuille blanche: bonheur = Satisfaction/ Désirs

« Si tu as assez d'argent pour satisfaire tes désirs, Dan, tu es riche. Mais il y a deux manières d'être riche : tu peux gagner, hériter, emprunter, miendier ou voler assez d'argent pour assouvir des désirs coûteux, ou bien tu peux vivre une vie simple avec peu de désirs. De cette manière, tu as tou|ours plus d'argent qu'il ne t'en faut.
«Seul le guerrier a la sagesse et la discipliné pour employer la seconde manière. Donner toute mon attention à chaque instant est mon désir et mon plaisir. L'attention ne coûte rien : le seul investissement l'entraînement. Le secret du bonheUr, vois-tu ne consiste pas à rechercher toujours plus, mais à développer la capacité d'apprécier avec moins.
Je me sentais bien en l'écoutant, j'étais sous l'effet d'une sorte dé charme, Il n'y avait pas de complications, pas de quêtes pressantes, pas d'entreprises désespérées à accomplir. Socrate me montrait la richesse du trésor qui se trouve dans le corps.
Il remarqua sans doute que je rêvassais, parce qu'il me saisit soudain sous les bras, me souleva et me propulsa en l'air, si haut que ma tête faillit toucher lé plafond! Il freina ma descente ensuite et m'aida à me mettre sur
pied. Je voulais juste être sûr que tu seras attentif à ce qui va suivre. Quelle heure est-il?"
Encore sous le coup de mon petit envol, je répondis: « Hmm c'est marqué sur l'horloge du garage. Dëux heures trente cinq.» «Faux: il était, il est et il sera toujours maintenant! Il est l'heure de maintenant, il est toujours maintenant!

Dorénavant, dès que ton attention commence à partir vers d'autres temps et d'autres lieux, je veux que tu la ramènes ici. Rappelle-toi, il est maintenant, et ici. »
Sur le chemin du retour, je pensai aux changements qui s'annonçaient, pas tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. Je perçus avec plus de clarté où se trouvait ma voie et quelles étaient mes priorités. Comme Soc me l'avait demandé
 longtemps auparavant, je m'étais finalement libéré de l'attente que le monde puisse me satisfaire. En conséquence, mes déceptions avaient aussi disparu. J'allais continuer à faire ce qui était nécessaire pour vivre dans le monde de tous les jours, bien sûr, mais à mes propres conditions. Je commençais à me sentir libre.
Après cent ou deux cents mètres en silence, il demanda: « Quelle heure est-il ? »
«Oh, il est environ... » Puis je me rattrapai: «... il est maintenant. »
« Et où sommes-nous ? »
« Ici. »
II ne dit rien d'autre. Étant d'humeur à parler, je lui confiai mes nouveaux sentiments de liberté et mes plans pour le futur.
« Quelle heure est-il? » demanda-t-il.
« Maintenant, soupirai-je. Tu n'as pas besoin de... »
« Où sommes-nous ? » s'enquit-il d'un air innocent.
«Ici, mais... »
« Écoute-moi bien, m'interrompit-il, reste dans le présent. Tu ne peux pas modifier le passé et le futur ne se déroulera jamais exactement de la manière dont tu le prévois ou le souhaites. Il n'y a jamais eu de guerriers du passé, ni de guerriers du futur d'ailleurs. Le guerrier est ici et maintenant. Tes chagrins, tes peurs et colères n'existent que dans le passé ou le futur.
Minute socrate, je me rappelle très bien avoir été en colère dans le présent!
Certainement pas, dit-il. Ce que tu veux dire que tu as agi sous l'emprise de la colère dans un instant présent. C'est normal: l'action se déroule toujours dans le présent, parce qu'elle est une expression du corps, qui ne peut exister que dans le présent; il n'a pas d'autre pouvoir que d'attirer ton attention hors de l'instant présent.

Lorsque je lui rendis visite le lendemain matin, il semblait mieux. Je le mis à contribution aussitôt. « Socrate, pourquoi as-tu continué à courir avec moi, en faisant tous ces sauts et ces bonds en plus, alors que tu risquais de te tuer à tout moment ? »
« Pourquoi s'inquiéter ? Mieux vaut vivre jusqu'à sa mort. Je suis un guerrier: ma voie est l'action, dit-il. Je suis un maître : j'enseigne par l'exemple. Peut-être qu'un jour tu enseigneras à d'autres comme je te l'ai montré - alors tu comprendras que les mots ne suffisent pas ; toi aussi tu devras enseigner par l'exemple, et seulement ce que tu as réalisé par tes propres expériences. »
II me raconta ensuite une histoire.
Une mère conduisit son jeune fils chez le Mahatma Gandhi. Elle le supplia : « Je vous en prie, Mahatma, dites à mon fils de ne plus manger de sucre. »
Gandhi réfléchit, puis déclara : « Ramenez votre fils dans quinze jours. » Surprise, la femme le remercia et promit de faire ce qu'il lui avait demandé.
Quinze jours plus tard, elle revint avec son fils. Gandhi regarda le jeune garçon dans les yeux et dit : « Arrête de manger du sucre. »
Reconnaissante, mais étonnée, la femme le questionna : « Pourquoi m'avez-vous demandé de le ramener après deux semaines ? Vous auriez pu lui dire la même chose la première fois. »
Gandhi répondit: « II y a quinze jours, je mangeais du sucre. »
« Incarne ce que tu enseignes, Dan, et n'enseigne que ce que tu incarnes. »
« Que pourrais-je enseigner à part la gymnastique ? » « La gymnastique suffit, aussi longtemps que tu l'utilises pour transmettre des leçons plus universelles, dit-il. Respecte les autres. Donne-leur d'abord ce qu'ils veulent, et certains, peut-être, voudront ce que tu souhaites leur donner. Sois satisfait d'enseigner des sauts périlleux jusqu'à ce que quelqu'un demande davantage. »
S'ils veulent davantage, comment le saurai-je ? »
«Tu le sauras. »
Le bonheur est le seul pouvoir qui compte. Et tu ne peux pas atteindre le bonheur ; c'est lui qui t'atteint»

Dans tous les lieux que je visitais - Hawaii, le Japon, Okinawa, l'Inde -, dans chaque ville où je passais, je trouvais des maisons de yoga, des ashrams, des écoles d'arls martiaux - et des maîtres. Mais je ne trouvais aucune réponse. Alors que mes voyages touchaient à leur fin, le désespoir me gagna. Les mêmes questions tourbillonnaient toujours dans mon esprit. «Qu'est-ce que te bonheur? Qu'est-ce que l'illumination? Où est la lin de ma quête?» Socrate avait souvent abordé ces sujets devant moi, mais je ne l'avais jamais vraiment écouté.
Lorsque j'arrivai dans le village de Cascais sur la côte du Portugal - la dernière étape de mon voyage -j'étais préoccupé par une question qui paraissait être la clé de tout: «Qui suis-je?» Je mêla répétais inlassablement sur la plage isolée où je campai durant dix jours. Je serais volontiers demeuré là le restant de ma vie, laissant les vagues emporter ma quête. Mais un malin au réveil, la marée dévorant le château de sable et de bouls de bois que j'avais construit avec tant de peine me rappela ma propre mort et ce que Socrate avait essayé de me dire. Ses paroles et ses actions me revenaient par bribes, similaires aux bouts de bois de mon château qui flottaient à présent, éparpillés sur l'eau. « Pense aux années qui passent. Un jour, tu découvriras que la mort n'est pas ce que tu crois, ni la vie d'ailleurs. Les deux peuvent être merveilleuses,
pleines de changements. Mais si tu ne te réveilles pas, les deux risquent de te réserver de grosses déceptions.»
Le rire de Socrate résonna dans ma mémoire.
Une fois, alors que je me montrais sans réaction, ! Socraie m'avait pris par les épaules et secoué. « Réveille-1 toi ! Si tu savais avoir une maladie incurable - s'il te restait très peu de temps pour vivre et savoir qui tu es, tu n'en perdrais plus à t'apitoyer sur toi-même, à avoir peur, à être paresseux ou ambilieux. Dan, je le le dis, tu as une maladie incurable: on l'appelle la mort. Quelques années de plus ou de moins avant que tu ne partes ne font pas grande différence. Sois heureux maintenant, sans raison - ou lu ne le seras jamais. »
J'éprouvai soudain un terrible sentiment d'urgence, mais il n'y avait nulle part où aller. Alors je restai où j'étais et, comme les vagues sur la plage, deux questions assaillaient sans relâche mon esprit: «Qui suis-je? Qu'est-ce que l'illumination ? »
Socrate me l'avait dil, longtemps auparavant, il n'y avait pas de victoire sur la mort, même pour le guerrier: il y avait seulement la réalisation de Qui nous sommes tous vraiment.
Étendu au soleil, je me rappelai avoir pelé la dernière couche de l'oignon dans le bureau de Soc pour voir « qui j'étais». Je me souvins d'un personnage d'un roman de J.D. Salinger qui, après avoir vu quelqu'un boire un verre de lait, avait déclaré: «C'était comme verser Dieu dans Dieu, si vous me comprenez. »
Le rêve de Lao Tseu me revint en mémoire.
Lao Tseu s'endormit et rêva qu'il était un papillon. En se réveillant, il se demanda: «Suis-je un homme qui a rêvé qu'il était un papillon, ou un papillon endormi qui rêve maintenant qu'il est un homme ? »
Je marchais sur la plage, en fredonnant encore et encore la même chanson enfantine:
« Rame, rame, rame dans ton bateau, en suivant doucement le courant. Rame, rame, joyeusement, la vie n'est qu'un rêve.

Je tombai sur un vieux bouquin acheté en Inde; c'etait une traduction de contes populaires spirituels.
En le feuilleutant je tombai sur une hsitoire sur l'illumination.
"milarepa avait cherché l'illumination partout, sans trouver aucune réponse - jusqu'au jour où il vit un vieil homme descendant lentement un chemin de montagne avec un sac tres lourd. Immédiatemment, Milarepa sentit que ce vieil homme connaissait le secret qu'il cherchait depuis tant d'années.
"Vieil  homme s'il te plait, dis moi ce que tu sais, Qu'est ce que l'illumination?"
Le vieil homme lui sourit un instant, puis dechargea ses epaules de son fardeau et se redressa
"oui j'ai compris! cria Milarepa. Je te serai reconnaissant à jamais. Mais s'il te plait, encore une question.
Qu'y a t-il après l'illumination?"
Souriant à nouveau, le vieil homme rammassa son sac, le placa sur ses epaules, l'y mit en équilibre et continua sa route.

San José et retJe n'avais quitté mon appartement que quelques semaines auparavant, étant alors un « quelqu'un » désespéré. J'avais du mal à le croire.
Je rangeai mes affaires, puis partis à Berkeley. À trois heures de l'après-midi, j'étais dans les rues familières ; il me restait du temps avant l'arrivée de Socrate. Je garai la voiture à Piedmont et traversai le campus à pied. Les cours venaient de recommencer et les étudiants s'affairaient à être des étudiants. Je déambulai le long de Tele-graph Avenue et observai les commerçants qui jouaient parfaitement aux commerçants. Partout où j'allais -dans les magasins, au marché, au cinéma, dans les salons de massage - tout le monde était à la perfection ce qu'il croyait être.
Je passais d'une rue à l'autre comme un fantôme heureux, le spectre de Bouddha. Je voulais chuchoter à l'oreille des gens : « Réveillez-vous ! Réveillez-vous ! Bientôt la personne que vous croyez être mourra - alors réveillez-vous, maintenant, et soyez heureux de savoir ceci: // n'y a pas besoin de chercher. La réussite ne mène à rien. Elle ne fait aucune différence, alors soyez, simplement heureux, maintenant! L'amour est la seule réalité du monde, parce qu'il est Un, voyez-vous. Et les seules lois sont le paradoxe, l'humour et le changement. Il n'y a pas de problème, il n'y en a jamais eu, il n'y en aura jamais. Cessez de lutter, libérez-vous de votre intellect, débarrassez-vous de vos soucis et détendez-vous dans le monde. Inutile de résister à la vie; faites simplement de votre mieux. Ouvrez les yeux et découvrez que vous êtes bien plus que vous ne l'imaginez- Vous êtes le monde, vous êtes l'univers; vous êtes vous-mêmes ainsi que tous les autres ! Tout cela fait partie du Jeu merveilleux de Dieu. Réveillez-vous et retrouvez votre humour. Ne vous inquiétez pas, soyez simplement heureux. Vous êtes déjà libres ! »
Je souhaitais tenir ce discours à chaque personne que je croisais, mais si je l'avais fait, on m'aurait sans doute cru dérangé ou même dangereux. Je connaissais la sagesse du silence.
Les magasins fermaient. Dans quelques heures, il serait temps pour la relève de Socrate à la station. Je montai dans les collines, sortis de ma voiture et m'assis sur un rocher surplombant la baie. Je regardai la cité de San Francisco au loin et la Golden Gâte. Je ressentais tout, les oiseaux dans leurs nids dans les bois de Tibu-ron, Marin et Sausalito. Je ressentais la vie de la ville, les amoureux qui s'embrassaient, les criminels à l'œuvre, les travailleurs sociaux n'épargnant pas leur peine. Et je savais que tout et tous, les bons et les méchants, le haut et le bas, le sacré et le profane, constituaient une partie parfaite du Jeu. Chacun jouait si bien son rôle ! Et moi j'étais tout cela, j'en étais chaque parcelle. Je voyais jusqu'aux confins du monde et j'aimais tout.
Je fermai les yeux pour méditer, mais je m'aperçus que je méditais à présent constamment, les yeux grands ouverts.


Quelques jours auparavant, j'étais allé courir ment et prudemment du côté de Provo Square, milieu de Berkeley, en face de City Hall, juste à côté lycée de Berkeley. Pour m'aider à me détendre, je com mençai des mouvements de tai chi. Je me concentrai sur la douceur et l'équilibre et me sentis comme une algUe flottant dans l'océan.
Quelques garçons et filles du lycée s'arrêtèrent et m'observèrent, mais je ne leur accordai aucune attention. Ma concentration accompagnait mes mouvements Lorsque j'eus terminé et allai enfiler mon training pardessus mon short, ma conscience ordinaire revint : « Je me demande si j'avais l'air bien. » Je me mis à considérer deux jolies adolescentes qui me regardaient en gloussant. «Je crois avoir impressionné ces filles», pensai-je et, enfilant les deux pieds dans la même jambe du pantalon, je perdis l'équilibre et tombai sur le derrière.
D'autres étudiants joignirent leurs rires à ceux des filles. L'espace d'un instant, je me sentis embarrassé, puis je m'étendis sur le dos et ris avec eux.
Toujours debout sur ma pierre, je me demandai en quoi cet incident pouvait être important. Et tout à coup je compris; je savais que j'avais quelque chose de valable à dire à Socrate.
J'entrai dans le bureau, me tint devant lui et déclarai: « II n'y a pas de moments ordinaires ! »
Soc sourit. « Heureux de te revoir. » Je m'effondrai sur le canapé et il fit du thé.
À partir de là, je considérai chaque instant de gyrn -au sol ou en l'air - comme spécial et digne de toute mon attention. Mais d'autres leçons étaient nécessaires car, comme Socrate me l'avait expliqué plus d'une fois, la capacité d'appliquer une attention parfaite à chaque instant de la vie quotidienne demandait beaucoup plys d'entraînement.

 « Oh, très bien, je suppose, dit Socrate en souriant u avait une leucémie, vois-tu. Il était malade depuis plu sieurs années; il a tenu longtemps. C'était un bon guer rier, celui-là. » II avait parlé avec affection, mais sans la moindre trace de tristesse.
« Socrate, n'es-tu pas affecté, pas même un peu? » n posa sa clé par terre.
« Ça me rappelle une histoire que j'ai entendue il y a bien longtemps, au sujet d'une mère accablée de douleur à cause de la mort de son fils.
«'Je ne peux pas supporter la douleur et la tristesse' disait-elle à sa sœur.
«'Ma sœur, as-tu pleuré ton fils avant sa naissance?'
«'Non, bien sûr que non, répondit la mère abattue.
«'Alors tu n'as pas besoin de le pleurer maintenant. Il est simplement retourné au même endroit, dans la demeure originelle qu'il occupait avant de naître.'»
« Cette histoire te réconforte-t-elle, Socrate? » demandai-je, la mine grave.
« C'est une bonne histoire, je trouve. Peut-être l'ap-précieras-tu un jour », répliqua-t-il gaiement.
«Je croyais bien te connaître, Socrate, mais je ne savais pas que tu manquais de cœur à ce point. »
« II n'y a aucune raison d'être malheureux. »
« Mais enfin, Socrate, il est parti ! »
Socrate rit doucement. « Peut-être est-il parti, peut-être pas. Peut-être n'a-t-il jamais été ici!» Son rire résonna dans le garage.
«J'aimerais te comprendre, mais je n'y arrive pas. Comment peux-tu te montrer aussi désinvolte à propos de la mort? Ressentiras-tu la même chose lorsque je mourrai? »
«Bien sûr! affirma-t-il en riant. Dan, il y a des choses que tu ne comprends pas encore. Pour l'instant, je peux seulement te dire que la mort est une transformation. •• sans doute un peu plus radicale que la puberté. » II sourit. « Mais il n'y a pas de quoi être particulièrement bouleversé. Il ne s'agit que de l'un des changements ^ corps. Lorsqu'il se produit, il se produit. Le guerrier ne recherche ni ne fuit la mort. »

Son visage s'assombrit tandis qu'il ajoutait: «La mort n'est pas triste; ce qui est triste, c'est que les gens ne vivent pas vraiment. » Ses yeux se remplirent de larmes. Mous nous sommes assis en silence, comme deux amis, nuis je rentrai chez moi. À peine avais-je passé le coin clé la rue que l'Impression revint. La tragédie est très différente pour le guerrier et pour le fou. Socrate n'était pas triste parce qu'il ne considérait pas la mort de Joseph comme une tragédie. Je ne devais comprendre pourquoi que plusieurs mois plus tard, à l'intérieur d'une grotte de montagne.
Et pourtant, je ne pouvais me défaire de l'idée que je devais - et donc Socrate aussi - me sentir malheureux lorsque la mort frappait. Dans cet état de confusion, je finis tout de même par m'endormir.
Le matin, j'avais ma réponse : Socrate n'avait pas correspondu à mes attentes. Au contraire, il avait démontré la supériorité du bonheur. Une nouvelle résolution m'envahit : j'avais constaté la futilité de vouloir vivre en fonction des attentes conditionnées par les autres ou par mon propre intellect. Dorénavant je choisirais en guerrier quand, où et comment penser et agir. Ayant pris cette décision, je sentis que j'avais commencé à comprendre la vie d'un guerrier.
Cette nuit-là, j'entrai dans le bureau de la station et dis à Socrate : « Je suis prêt. Plus rien ne peut m'arrêter maintenant. »
Son regard terrible anéantit mes mois d'entraînement. Je frissonnai. Il chuchota, mais la voix me parut perçante : «Ne t'emballe pas! Peut-être es-tu prêt, peut-être pas. Une chose est certaine : il ne te reste pas beaucoup de temps ! Chaque jour qui passe te rapproche de ta mort. Nous ne sommes pas en train de jouer, comprends-tu? »

 

 
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